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Normes techniques et pratiques sociales

Antibes - Juan-les-Pins (06160), 20 octobre 2005

Organisateur(trice) : CÉPAM

De conception plus ou moins ingénieuse, l’outil, prolongement de la main de l’Homme, a toujours constitué un moyen privilégié d’intervention sur le milieu. L’application généralisée du concept de « chaîne opératoire », qui intègre les données sur et autour de l’outil, depuis l’acquisition des matériaux qui le constituent jusqu’à son rejet après utilisation, a permis de décrire de plus en plus finement l’organisation technique, économique et sociale des groupes humains du passé.

Le colloque d’Antibes d’octobre 2005 nous donne l’occasion d’amorcer de nouvelles réflexions sur les outillages pré- et protohistoriques à un moment où la perception que nous en avons est en pleine évolution.

Des outils de conception différente coexistent pour chaque période, pour chaque société, outils plus ou moins simples ou complexes, et dont les rôles sont complémentaires. Pour mieux prendre en compte toute la diversité de ces outillages, nous proposons d’avoir recours au concept de norme technique. Il s’agit ainsi de dégager des comportements techniques récurrents qui sont les témoins de structures collectives, du fonctionnement des groupes.

Les outillages de facture simple, peu investis ont traditionnellement été considérés par les archéologues comme dépourvus d’intérêt propre : les groupes humains qui les produisent et les utilisent ne leur accorderaient que peu de valeur sociale ou symbolique, au regard des outillages complexes, représentant des savoir-faire importants, considérés comme des informateurs clefs de l’organisation des groupes.

Or, de récents travaux montrent que ces outillages simples peuvent s’avérer eux aussi être de précieux révélateurs des comportements socio-économiques. Cela renouvelle par là même notre perception de l’outil. Ils peuvent, notamment, lorsqu’ils sont très majoritaires dans les assemblages, constituer, de fait, la norme technique pour certains groupes. Examiner les modes d’association entre outillages simples et complexes peut, en outre, permettre de dégager des critères pour distinguer divers degrés de hiérarchisation des sites et de complexité des sociétés.

Plus que dans l’opposition, c’est donc dans la complémentarité du « simple » et du « complexe » que l’archéologue pré- ou protohistorien doit alors chercher à redéfinir la place des outillages. Il est indispensable pour cela de porter une attention renouvelée à la large catégorie "divers" que constitue l’outillage dit simple :

1) Quels sont les critères de définition du simple et du complexe ? Quels sont les poids quantitatifs relatifs des composantes des outillages ? 2) Les outillages en pierre, en matières dures animales ou en métal peuvent-ils être décrits selon les mêmes critères ? Dans quel type de complémentarité s’inscrivent-ils ? 3) Comment le rôle des outillages peu investis a-t-il évolué de la Préhistoire à la Protohistoire ? Ces changements sont-ils étroitement liés à certaines étapes d’évolution des sociétés ? Ces outillages peuvent-ils servir de marqueurs chrono-culturels ou aider à la distinction de faciès régionaux par exemple ? 4) Dans quelle mesure la définition de ces concepts est-elle changeante selon les périodes et les représentations que nous en avons ?

Dégager des régularités, proposer des lignes d’interprétation demande nécessairement des démarches spécifiques par période, par faciès régional ou par faciès chrono-culturel. Nous ne ferons ici référence qu’à quelques exemples d’orientations de recherche qui méritent d’être revisitées à la lumière de données nouvelles et qui pourraient servir de jalons au cours du colloque d’Antibes 2005.

Dès l’apparition de l’outil, les modes de fabrication sont plus ou moins complexes. Ces variations sont interprétées en termes économiques, faisant alors référence à l’approvisionnement en matières premières, ou en termes biologiques, selon l’évolution des espèces et de leurs capacités cognitives et motrices. Nous serions là pour ces périodes loin encore de l’outil-instrument défini par son insertion dans une sphère à proprement parler sociale.

En ce qui concerne les groupes de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique moyen puis supérieur ainsi que du Mésolithique, nous proposons d’aborder les outillages simples ou complexes en superposant à ces notions la distinction, fréquemment rencontrée dans des travaux récents, entre "instruments de chasse" et "outillages domestiques". Nous entendons par là, d’une part, les instruments censés participer aux activités de subsistance (chasse, pêche, cueillette), qui ont lieu à l’extérieur des sites, et, d’autre part, les outils répondant à des besoins complémentaires ou différents, s’exprimant sur les lieux mêmes de l’habitat. Il s’agit alors d’activités liées au fonctionnement quotidien du campement (doit-on vraiment employer ici le terme de domestique ?) ou encore d’activités telles que la taille, le traitement des carcasses ou le travail des peaux, pouvant éventuellement correspondre à une certaine forme de spécialisation des sites. Dans ce cadre, appréhender la sphère technique n’est possible qu’en évaluant le degré de gestion des supports d’outil et la complémentarité des outillages.

Avec le développement de la sédentarité et l’adoption progressive de l’agriculture et de l’élevage, nous nous trouverions devant des sociétés plus complexes. Les outillages simples sont pour ces contextes peu évoqués et parfois délaissés au regard des outillages complexes, généralement décrits et interprétés en faisant référence à toute une gamme de concepts et d’échelle de perception : standardisation technique, apprentissage, spécialisation, artisanat, échanges à longue distance, symbolisme. À partir du Néolithique, l’influence des contextes de diffusion ou de consommation des outillages sur l’organisation des contextes de production est plus directement perceptible : normes techniques, volume de production et de diffusion et modes de représentation symboliques sont alors à revisiter.

Avec les Âges des Métaux, les outillages lithiques s’effacent progressivement au profit des outils en métal. Les normes techniques, les modes de production, les modalités de recyclage et la manière d’envisager les fins de vie techniques et symboliques des outils changent. La complémentarité technique des outillages ne peut, en outre, être perçue de la même façon par l’archéologue : les outils métalliques refondus sont très souvent absents des sites et ne peuvent alors être définis qu’en négatif, en caractérisant les catégories d’outillages recueillies (lithique, osseux). Enfin, et les études ethnologiques le montrent bien, le statut des artisans peut être extrêmement variable d’une société à une autre.

En conclusion du colloque, nous chercherons à rediscuter les quelques changements majeurs que nous venons de dessiner à grands traits, fondées ici sur une périodisation artificielle. Pour ne prendre qu’un exemple, l’apprentissage a une valeur centrale dans les comportements techniques puisqu’il est à la fois un moyen de conservation et de transmission (d’une norme) mais aussi le fondement même de l’innovation ; il est donc fondamental dès les premières productions humaines et aurait donc pu apparaître dans notre exposé bien avant le Néolithique.

Les discussions seront conduites par trois archéologues portant un intérêt particulier à l’approvisionnement en matières premières, à la gender archaeology et à l’ethnoarchéologie, et par un historien qui nous aidera à resituer les questions posées au cours ce colloque par rapport à un débat en plein développement aujourd’hui, celui de la mise en évidence des critères de définition des sociétés pré et proto-historiques dites non hiérarchisées : dans quelle mesure des éléments de la culture matérielle, en l’occurrence les outillages, peuvent-ils être le reflet d’une complexité sociale ?

Comité scientifique : Laurence ASTRUC, Didier BINDER, Anne DELAGNES, Vanessa LÉA, Jacques PÉLEGRIN, Sylvie PHILIBERT, Hara PROCOPIOU