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Accueil du site > Production et valorisation > Thèses soutenues > Les mammifères et les oiseaux dans l’économie des sociétés protohistoriques et historiques du golfe Arabo-Persique (IIIe millénaire avant J.-C. - VIIe siècle après J.-C.).

Les mammifères et les oiseaux dans l’économie des sociétés protohistoriques et historiques du golfe Arabo-Persique (IIIe millénaire avant J.-C. - VIIe siècle après J.-C.).

TOMÉ Carine
Directeur de thèse : Jean Desse, Université : Aix-Marseille I (université de Provence)

Date d’inscription : 01/10/1999
Date de soutenance : 11/12/2003
Contact : tome@cepam.cnrs.fr

Ce travail de doctorat a consisté en l’étude des restes animaux (excepté les Poissons, les Crustacés, les Mollusques et les Coquillages) de trois sites archéologiques localisés dans le golfe Arabo-Persique.

1) Contexte géographique et chrono-stratigraphique
- Le premier site est une forteresse hellénistique, située dans l’ouest de l’île de Failaka (embouchure de la baie de Koweït), datée du début du IIIe siècle avant J.-C. au Ier siècle de notre ère.
- Le second est un tell localisé dans la petite presqu’île d’Akkaz, au nord-ouest de Koweït City, et qui offre trois types d’occupation : 4 niveaux d’habitats partho-sassanides (fin du Ier siècle avant J.-C./début du Ier siècle après J.-C. - IIIe siècle après J.-C.), un bâtiment circulaire de la période sassanide (IIIe au Ier siècle de notre ère) et une église nestorienne (Ve et VIe siècles après J.-C.).
- Le troisième site, enfin, est la cité portuaire de Qal’at al-Bahreïn située sur la côte nord de l’île principale de l’archipel de Bahreïn. Ce gisement propose une large chronologie ; nous avons étudié, plus particulièrement, le matériel des périodes "Dilmoun" (2500 à 500 avant J.-C.) et "Tylos" (300 avant J.-C. à 600 après J.-C.).
- Ces trois sites répondaient aux conditions nécessaires à la pratique d’une activité agropastorale bien développée, à côté de l’exploitation des ressources marines.

2) Méthodes d’étude
- Différents paramètres ont dû être pris en compte avant d’entreprendre une analyse archéozoologique : difficulté d’appropriation et de consultation de squelettes de comparaison, manque d’études de référence pour la région du Golfe, mauvaise conservation du matériel de nombreux sites littoraux, réglementation interdisant généralement l’exportation du matériel archéologique, méthodes de fouille particulières (ramassage à vue par des ouvriers).
- Face aux impératifs de temps et à la fragmentation du matériel, il a fallu mettre en place une méthode d’enregistrement des données à la fois rapide et exhaustive : établissement de "classes animales" pour permettre la prise en compte des restes indéterminés spécifiquement, mise en place d’un système de codage (fracturation des restes, critères d’âge, traces observées).
- Des problèmes de discrimination existent entre certains taxons en présence : mouton/chèvre, âne sauvage et domestique, âne/cheval, chameau/dromadaire, chien/chacal, cormoran de Socotra/grand cormoran, Galliformes sauvages/volaille domestique. L’examen du matériel faunique à disposition et l’inventaire des études déjà réalisées sur le sujet ont permis de choisir, pour certains d’entre eux, différents critères de distinction parmi ceux déjà existants mais aussi, d’en proposer de nouveaux, notamment pour les cormorans (distinction de l’espèce et du sexe par la métrique). Des critères de discrimination sont également proposés pour une détermination plus fine entre les phalanges (I et II) antérieures et postérieures de Caprinés.

3) Examen « zooarchéologique » des trois sites
- Il s’agissait notamment, ici, de dresser un inventaire détaillé des taxons en présence. Pour chacun d’entre eux, nous avons procédé au décompte du nombre de restes (NR) et du nombre minimum d’individus (NMI), mentionné les éléments anatomiques représentés, déterminé le rang spécifique et le sexe (si possible), présenté les profils de mortalité, les traces et les pathologies observées ainsi qu’éventuellement, les écarts de représentation (action de la conservation différentielle et des traitements anthropiques).
- On constate, pour les trois sites, une écrasante supériorité des taxons domestiques sur les taxons sauvages et, parmi eux, des moutons et des chèvres (entre 65 % et 85% du total des restes déterminés). Outre ces deux taxons, d’autres animaux domestiques sont toujours observés, en plus faibles proportions : l’âne domestique (Equus asinus), le dromadaire (Camelus dromedarius) et une race naine de Gallinacés domestiques (Gallus gallus). On a également pu déterminer des restes de bœufs (Bos taurus) à Failaka et surtout à Qal’at ; de porcs (Sus domesticus) à Qal’at et surtout à Failaka ; de chats (Felis sp.) en faible nombre à Akkaz et Qal’at ; de chiens (Canis familiaris) à Akkaz et surtout à Qal’at.
- Trois taxons sont considérés comme des animaux « commensaux » : le mérione (Meriones sp.), présent dans les trois sites ; le rat de Bandicoot (Nesokia indica) présent à Failaka et à Qal’at ; le moineau domestique (Passer domesticus) déterminé à Qal’at seulement.
- La majorité des taxons sauvages est représentée par des restes de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et de cormorans de Socotra (Phalacrocorax nigrogularis). À Failaka, des Galliformes sauvages (Phasianinés) sont aussi exploités. Les autres taxons sauvages toujours présents dans les spectres de faune sont le dugong (Dugong dugon), la tortue marine (Chelonia cf. mydas) et la gazelle (Gazella cf. dorcas). On retrouve plus ponctuellement des restes de mangouste (Herpestes sp.) à Qal’at ; de lièvre (Lepus cf. capensis) à Failaka et Qal’at ; de lézards à Failaka et Qal’at ; de serpents à Qal’at ; de grèbe huppé (Podiceps cristatus) à Failaka et Akkaz ; de goéland brun (Larus fuscus), d’aigrette garzette (Egretta garzetta) et de cigogne blanche (Ciconia ciconia) à Failaka ; d’huîtrier (Haematopus sp.) à Akkaz ; de flamant rose (Phœnicopterus ruber), de héron cendré (Ardea cinerea) et de rapaces à Qal’at.
- La conservation des os est plutôt bonne à Failaka et à Qal’at al-Bahreïn (64,1 et 67,6% des restes y sont déterminés) et moyenne à Akkaz (seuls 30,5% des restes sont déterminés). Ce sont les os de grands mammifères et de Chéloniens qui sont les moins bien conservés.

4) Utilisation des données pour une approche « archéozoologique »
- La forte exploitation des Caprinés dans cette région s’explique par le bon rendement de ces animaux : ils offrent de nombreux produits et sont bien adaptés à un environnement pauvre en végétation. La structure des troupeaux montre une exploitation différenciée : les moutons semblent plutôt élevés pour leur viande (et leur laine ?) et les chèvres conservées pour leur lait. L’étude de la taille des individus montre une taille inférieure des ovins de Qal’at par rapport à ceux des deux sites koweïtiens. Les caprins, eux, sont de taille à peu près similaire pour les trois sites (race de chèvre locale ?). Un fait marquant est l’utilisation des talus de Caprinés pour une activité non encore définie (talus de 1 à 4 faces plus ou moins polis, et parfois bitumés à l’arrière). Enfin, les nombreuses traces d’origine anthropique (découpes, tranchages, brûlures) observables sur le squelette permettent de retracer une chaîne opératoire allant de l’abattage à la préparation culinaire des animaux.
- Malgré la mauvaise conservation des restes d’Équidés, nous pensons avoir mis en évidence la pratique d’une hybridation entre Equus caballus et Equus asinus dans les sites de Failaka et de Qal’at al-Bahreïn (présence de dents jugales où la morphologie de la surface occlusale ne correspond pas avec leur taille). La pratique de la mulasserie n’avait pas encore été attestée dans cette région mais, elle nous semble envisageable (pratique connue dans d’autres régions du Moyen Orient aux périodes gréco-romaines). Ces Équidés devaient principalement servir à la monte et au transport des denrées mais, une consommation ponctuelle de la viande d’âne semble attestée par l’observation de rares traces de décarnisation et la présence d’individus juvéniles.
- La force de travail des dromadaires et des bœufs étaient très certainement utilisée (transports, labours) mais aussi leur viande et/ou leur lait. Les os de ces grands mammifères étaient travaillés : métapodes sciés, phalanges percées ou servant de billots, confection de manches d’outils et de poinçons. Le porc est peu exploité si ce n’est à Failaka ; toutes les classes d’âge sont consommées. Les jeunes chiens ont dû servir d’animaux de compagnie (présence de squelettes quasi complets sur le site de Qal’at) tandis que les individus plus âgés (dont on ne retrouve pas les restes) devaient être utilisés à l’extérieur du site, pour la garde des troupeaux ou les besoins de la chasse.
- L’exploitation de certaines espèces sauvages pose le problème de leur appropriation. S’agit-il d’une véritable chasse, d’un ramassage de carcasses échouées (dugong), ou encore d’une capture accidentelle de certains animaux dans les filets de pêche (tortues marines, cormorans) ? Dans le cas des cormorans, l’étude des structures des populations montre une absence de sélection au niveau de l’espèce et du sexe, soutenant plutôt l’idée d’une capture accidentelle. Néanmoins, la présence d’assez nombreux spécimens immatures à Tell Akkaz laisse plutôt penser à la capture volontaire de cormorans appartenant à une colonie nichant à proximité du site. Quoi qu’il en soit, cette exploitation d’animaux sauvages ne concerne que les spécimens présents à proximité du site et l’on peut la qualifier d’opportuniste. En outre, l’absence de certains taxons, comme le dauphin, pose la question d’éventuels tabous alimentaires.

Les problèmes soulevés dans ce travail de doctorat, comme l’absence de tamisage des sédiments et le manque de référentiels pour les espèces mammaliennes et aviaires locales, laissent entrevoir de nouvelles perspectives de travail.

NB : Un volume annexe et un cédérom complètent cette étude. On y présente, notamment, les listings fauniques complets, le détail de la représentation spatiale des restes, l’ensemble des données métriques collectées, la conservation et la localisation des différents stigmates d’origine anthropique, un référentiel réalisé sur des cormorans actuels, des planches présentant les différents taxons rencontrés et des photos des sites et du matériel in situ.